Un homme juché sur un promontoire, de dos, face à la ville. On entend avec difficulté des psalmodies tirées de la sourate de Joseph. Peut-être l’homme les écoute-t-il sur son téléphone portable ? En contre-bas, une femme couverte de noir, est assise sur une chaise au milieu d’une étendue vide indéterminée. Elle relève très doucement son vêtement et découvre petit à petit ses jambes. Puis elle glisse ses pieds dans des chaussures à haut-talons transparentes, se lève et disparaît du champ. Est-elle aimantée par la grande tour qui se profile à l’horizon ? L’homme est toujours de dos face à la ville. Une main le couvre de tissus et d’étoffes chamarrés. L’homme devient tente, puis architecture … La femme couverte de noir rejoint l’homme et se glisse lascivement sous l’édifice de tissus ainsi constitué…

Samaan est l’histoire d’une hallucination doublée d’un hommage à peine déguisé à Siméon le Stylite, cet ermite syrien du Ve siècle de notre ère, perché sur sa colonne haute de 25 mètres, dont Luis Buñuel établira la version contemporaine en 1965 dans son Simon du désert . De Siméon à Samaan, il y aurait l’épaisseur d’un temps et d’un espace contre-nature poussé jusqu’au délire. Ce qui se trame dans ce film est l’histoire d’une superposition de strates et de couches où se lit la permanence d’une conception de l’absolu. La référence religieuse reste cependant ici en filigrane. Il s’agit plutôt d’un conte moderne qui nous attire sur les rives incertaines de l’amour et de ses tentations.