Cinq scènes, cinq parties, cinq tableaux, cinq actions, cinq performances. Dans chacune de ces scènes, Ninar Esber effectue en temps réel un geste simple : se dévêtir, lancer des pétales de roses, embrasser un orteil, humer une fleur, dérouler une natte … Chaque fois cependant l’action exécutée déjoue les scénarios les plus attendus. Strip-tease déceptif que cet effeuillage langoureux et lent qui fait que chaque jupe enlevée dévoile une autre jupe, différant constamment la promesse d’une éventuelle mise à nu. Rien de plus incongru que de fouetter vigoureusement le torse nu d’un homme à l’aide de pétales de roses, le claquement agressif contrastant ici avec l’extrême délicatesse du projectile. Sucer amoureusement l’orteil d’un homme endormi, c’est aussi bien déplacer le territoire obligé du désir que prendre à rebrousse-poil la jolie histoire de la « belle au bois dormant ». Renifler voluptueusement l’odeur d’une immense fleur fichée dans la bouche de son partenaire, c’est retourner, sans l’air d’y toucher, les codes du féminin et du masculin.

À mon seul désir est le récit du commerce qu’entretient une femme avec cinq hommes … Mais c’est aussi une ode aux cinq sens, la Dame à la licorne faisant bien sûr ici, et jusque dans le titre, référence. La corne qui orne le menton de l’artiste constitue l’emblème, à la fois discret et offensif, de la puissance du désir. La natte qu’elle porte dès la première scène se trouve, dans le dernier tableau, lentement déroulée jusqu’à former un immense lien qui enserre les poignets de son partenaire assis en face d’elle. L’espace, vide et urbain, au sein duquel s’inscrit l’action et qui clôture le film, allégorise à cet égard parfaitement une conception lyrique de l’amour alliant les intensités du don et de la possession à celles du renoncement et de l’abandon.